Haïti en chute libre : ce que dit vraiment le dernier rapport de l’ONU
Le mot « crise » ne suffit plus. En avril 2026, l’ONU parle désormais de « chute libre ». Edem Wosornu, directrice de la division de réponse aux crises de l’OCHA, est revenue en mars d’une mission de terrain en Haïti avec un constat sans appel : Haïti fait face à « l’une des crises humanitaires les plus graves et les plus rapidement détériorées de l’hémisphère occidental ».
Le rapport met des chiffres sur ce que beaucoup dans la diaspora ressentent sans pouvoir nommer. 6,4 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire. Parmi elles, 5,7 millions souffrent de la faim, avec des familles qui sautent des repas et des enfants qui quittent l’école pour aider à subvenir aux besoins du foyer.
En Haïti, l’école n’est pas un acquis. À travers le pays, 1 600 écoles sont fermées en raison de l’insécurité, privant 250 000 enfants d’éducation. Wosornu elle-même, lors de sa visite, a trouvé une école normalement conçue pour 400 élèves qui abritait 2 800 personnes déplacées.
Le tableau sécuritaire est tout aussi accablant. Port-au-Prince est contrôlée à 90 % par les gangs. Mais la violence ne s’arrête plus aux frontières de la capitale. Dans le département du Centre, une récente vague de violence a fait une quatre-vingtaine de morts et contraint 13 000 personnes à fuir. Au total, 1,5 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, soit 12 % de la population.
Ce que le rapport dit sur les femmes et les filles est particulièrement difficile à lire. En 2025, 8 100 survivantes de violences basées sur le genre ont été recensées, soit une hausse de 25 % par rapport à l’année précédente. La moitié des cas déclarés impliquaient un viol. Une survivante sur six avait moins de 18 ans. Et pourtant, seulement 30 % des survivantes reçoivent une aide médicale ou un soutien psychologique dans les 72 heures critiques suivant les faits, faute de financement.
Face à tout cela, les humanitaires continuent d’opérer dans des conditions extrêmes. Des équipes composées en partie de personnel national, eux-mêmes déplacés et menacés, négocient parfois avec les acteurs armés pour acheminer l’aide dans les zones les plus difficiles d’accès. Pour cette année, les organisations humanitaires cherchent à mobiliser 880 millions de dollars pour venir en aide à 4,2 millions de personnes. Moins de 20 % de cette somme a été reçue à ce jour.
C’est là que le rapport devient un appel direct. Wosornu formule trois demandes : mettre fin à la violence, maintenir le financement des opérations humanitaires alors que l’aide internationale s’effondre, et trouver des solutions politiques durables. Elle conclut avec une franchise rare pour un document onusien : l’aide humanitaire seule ne peut pas changer le destin d’Haïti.
Pour la diaspora, ce rapport dit quelque chose de précis : l’effort individuel ne suffit plus.
Source: OCHA (rapport de mission, avril 2026) ONU Info



