Le 9 mai 2026, Haïti regardera le monde depuis Venise. Ce jour-là, deux artistes haïtiens; Édouard Duval-Carrié, né à Port-au-Prince en 1954, et Manuel Mathieu, né dans la même ville en 1986, figureront parmi les 111 créateurs sélectionnés pour la 61e Biennale internationale d’art de Venise, l’une des plateformes artistiques les plus prestigieuses au monde.
Intitulée In Minor Keys, cette 61e édition a été conçue par Koyo Kouoh, commissaire suisso-camerounaise et première femme africaine à diriger la Biennale de Venise. Elle est décédée en mai 2025, avant de voir son œuvre aboutir. C’est son équipe qui, en parcourant ses notes posthumes, a confirmé les invitations des deux artistes haïtiens. Une femme africaine, depuis l’au-delà, aura porté Haïti jusqu’à Venise.
Édouard Duval-Carrié a grandi sous la dictature de Duvalier avant de s’installer à Miami, où son œuvre interroge depuis des décennies les héritages africains et caribéens, l’histoire d’Haïti depuis l’esclavage jusqu’à la première république noire libre. Manuel Mathieu, lui, est arrivé à Montréal à 19 ans. Un accident de moto presque fatal à Londres en 2016, fractures de la mâchoire et perte de mémoire, l’a conduit à établir un parallèle entre son propre traumatisme et celui de son pays. C’est de cette blessure intime et collective que naît son art.
À l’heure où Port-au-Prince peine à se faire entendre, Venise amplifie la voix d’Haïti. Du 9 mai au 22 novembre 2026, aux côtés de 109 autres artistes venus des quatre coins du monde, Duval-Carrié et Mathieu rappelleront que la culture haïtienne ne se réduit pas à ses crises. Qu’un peuple capable de produire une telle beauté, une telle profondeur, n’a pas dit son dernier mot.
Source: Le Centre d'Art d'Haïti (lecentredart.org)
Credit: La Presse(lapresse.ca)



