685 gourdes pour vivre : le calcul impossible des ouvriers haïtiens
Depuis le 13 avril 2026, les ouvriers ont quitté les chaînes de montage pour descendre dans la rue. Dominique St-Éloi, de la Centrale nationale des ouvriers haïtiens (CNOHA), a exposé publiquement leur revendication : un salaire minimum de 3 000 gourdes par jour. Le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé n’a toujours pas répondu.
Avant de débattre du chiffre, faisons le calcul.
Le salaire minimum dans le secteur textile est actuellement de 685 gourdes par journée de travail, environ 5 dollars américains. De cette somme, il faut soustraire le transport aller-retour (entre 200 et 500 gourdes selon le quartier), au moins 600 gourdes pour un repas aux abords d’une zone industrielle, et jusqu’à 20 % du salaire en cotisations sociales pour l’ONA et l’OFATMA.
La soustraction ne fonctionne pas. Le travailleur est déjà dans le négatif avant de penser au loyer, aux enfants, aux médicaments et aux loisirs. À savoir que le gallon de gazoline coûte désormais 725 gourdes, soit plus que le salaire d’une journée entière dans le textile.
Pendant ce temps, l’inflation n’a jamais cessé. En décembre 2025, le taux annuel atteignait encore 25 %, selon la BRH et l’IHSI. Quand les prix augmentent de 25 % par an et que le salaire reste figé depuis 2022, le pouvoir d’achat s’effondre mécaniquement chaque année, chaque mois, chaque jour.
Le Conseil supérieur des salaires avait pourtant recommandé un ajustement dès juin 2025. Aucune suite n’a été donnée. Le même gouvernement qui a appliqué sans délai une hausse des carburants de 37 % début avril n’a pas trouvé l’urgence d’agir sur les salaires.
Les ouvriers dans la rue ne réclament pas seulement une revalorisation. Ils dénoncent la corruption, l’insécurité, et s’opposent à toute privatisation de l’ONA et de l’OFATMA des institutions dont ils paient les cotisations sans toujours en recevoir les services.
Source: Haïti Économie
Credit: Le nouveliste



