Face à l’effondrement du système transfusionnel haïtien, les familles de patients suppléent les institutions en mobilisant des donneurs via les réseaux sociaux, révélant une dépendance structurelle jamais résolue.
Selon le Programme national de sécurité transfusionnelle (PNST), sur les 32 471 demandes de sang enregistrées en 2025, à peine 58,92 % ont pu être satisfaites. Environ 8 % des poches collectées ont en outre été écartées, jugées impropres à la transfusion pour cause de marqueurs infectieux.
Le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) pointe une faille structurelle : seulement 19 % des dons proviennent de volontaires réguliers, contre 81 % de donneurs dits de remplacement; souvent des proches mobilisés en urgence. C’est dans ce vide que s’est imposée une pratique désormais courante : la diffusion d’appels au don sur WhatsApp, sans encadrement médical ni garantie de sécurité sanitaire.

Selon Opinion Internationale, daté du 22 septembre 2025, au premier semestre 2025, le PNST n’a collecté qu’environ 10 000 poches, soit moitié moins qu’en 2023. Selon Rezo Nòdwès, daté du 11 avril 2026, les besoins annuels du pays sont estimés entre 60 000 et 80 000 poches, pour une collecte réelle ne dépassant pas 20 000 à 30 000 unités.
La situation est aggravée par une centralisation totale du traitement. Les quatorze postes de transfusion sanguine à travers le pays fournissent des spécimens qui seront traités au sein du Centre national de transfusion sanguine (CNTS), unique structure de ce type, située à Port-au-Prince. Dans un contexte de violences armées qui bloquent les axes routiers, cet acheminement relève désormais de l’incertitude. Selon Opinion Internationale, faute de route sûre, le PNST dépend de la voie maritime pour alimenter les provinces.
En province, les conditions de collecte compromettent davantage la fiabilité du système. Selon Le Nouvelliste, le poste de transfusion sanguine des Gonaïves, qui dessert l’ensemble du département de l’Artibonite, fonctionne depuis trois ans dans des conditions déplorables, sans eau ni électricité. Selon la même source OPS/OMS, datée du 27 septembre 2024, des pénuries d’intrants indispensables au dépistage des infections transmissibles par transfusion ont menacé d’empêcher le CNTS de garantir la sécurité des produits sanguins.

En date du 15 août 2025, le MSPP, à travers le PNST et avec l’appui technique de l’Organisation panaméricaine de la santé, a organisé deux grandes collectes en juillet et août 2025 à Port-au-Prince, coordonnées par les clubs Amis du Sang des universités. Ces initiatives demeurent ponctuelles et concentrées dans la capitale, laissant les départements du Nord, du Nord-Ouest, du Nord-Est, de la Grand-Anse et des Nippes sans données publiées ni infrastructure documentée.
À l’occasion de la Journée mondiale du donneur de sang, célébrée ce 14 juin, Haïti présente le profil d’un pays où le don volontaire reste marginal et où la solidarité familiale relayée par les réseaux sociaux constitue le principal mécanisme de survie transfusionnelle. Le CNTS appelle à l’installation de centres régionaux de traitement dans différents endroits du pays, une recommandation formulée de longue date, à ce jour sans suite institutionnelle.
Source: Le nouveliste, OMS



