Post-partum : le trouble que le monde préfère ignorer

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Après un accouchement, beaucoup de femmes ressentent une tristesse profonde, une anxiété qui ne passe pas, une incapacité à se lever le matin. Ce n’est pas une faiblesse.

Ce n’est pas de l’ingratitude. C’est la dépression post-partum, un trouble médical qui, d’après le Journal of Clinical Medicine d’avril 2025, touche entre 10 et 20 % des femmes dans le monde. Dans les pays à revenus faibles et intermédiaires, ce taux grimpe entre 20 et 40 %, comme l’établit BMC Public Health en 2024. Le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) rappelle que près de la moitié de ces femmes n’en parlent pas à un professionnel de santé.

La dépression post-partum est différente du baby blues, ces quelques jours d’émotions vives que vivent la majorité des nouvelles mères. Elle dure. Elle s’installe. Elle empêche de dormir même quand le bébé dort, de manger, de ressentir de l’attachement pour son enfant. Le CDC précise que si elle n’est pas prise en charge, elle affecte le développement cognitif et affectif du nourrisson. Ce n’est pas un échec de la mère. C’est une maladie qui se traite.

Des chercheurs ont publiés dans PMC établissent que les troubles mentaux périnataux sont historiquement moins fréquents dans les sociétés où la mère bénéficie d’une prise en charge collective après l’accouchement. En Amérique latine, la cuarentena impose quarante jours de repos encadré par la famille, avec une alimentation spécifique et une dispense totale des tâches domestiques.
En Chine, le Zuo yuezi confine la mère un mois durant, entourée des femmes de sa famille.
En Inde, le jaapa prévoit des massages quotidiens et un régime alimentaire adapté.
Dans de nombreuses communautés d’Afrique subsaharienne, la mère retourne dans sa famille maternelle pour accoucher et récupérer.

En Haïti, des pratiques similaires existent dans la tradition, portées par les « fanm saj » et les « matwòn » : bains de plantes, garde communautaire, présence des femmes proches. Le Journal of Women’s Health conclut en 2024 que ces interventions communautaires et culturellement adaptées constituent les leviers les plus efficaces pour prévenir la dépression post-partum, davantage que les seuls traitements pharmacologiques.

Une étude publiée dans Frontiers in Psychology en mars 2025, conduite par Sharapova et Goguikian Ratcliff auprès de mères à Genève, révèle que les femmes migrantes sont deux à trois fois plus exposées à la dépression post-partum que les femmes nées dans leur pays de résidence. Les chercheurs identifient la séparation familiale, l’absence de rituels culturels, la barrière linguistique et l’isolement social comme facteurs les plus déterminants. Une revue publiée dans Frontiers in Global Women’s Health en 2024 note que les mères célibataires cumulent ces mêmes vulnérabilités : la stigmatisation sociale, la charge exclusive des soins et la pression économique constituent des obstacles prononcés à la demande d’aide. La psychologue clinicienne Gayle MacBride, cofondatrice de Veritas Psychology Partners, indique dans une analyse de 2024 que la dépression post-partum non traitée altère la perception des comportements du nourrisson par la mère et compromet le lien d’attachement.

En Haïti, l’urbanisation, les crises successives et la violence ont fragilisé les réseaux traditionnels de soutien. La PAHO/OMS publiait le 7 avril 2025 que le pays enregistre 328 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes, le taux le plus élevé de l’hémisphère occidental. La PAHO rapporte que seuls 38 % des accouchements se déroulent dans un établissement de santé, les autres surviennent à domicile sans suivi postnatal. Médecins Sans Frontières signale que la suspension du financement américain, qui couvrait 59 % du plan humanitaire haïtien en 2024, aggrave la pénurie de soignants. Dans un pays où 43 % des soins sont financés directement par les ménages, comme le documente la PAHO, la santé mentale post-partum ne fait l’objet d’aucun dépistage systématique. Les mères haïtiennes traversent ce trouble sans nom pour ce qu’elles vivent, sans porte à laquelle frapper.

Reconnaître les signes. En parler autour de soi. Ne pas laisser une nouvelle mère s’isoler. Une présence concrète, un repas apporté, une question posée sincèrement peuvent changer le cours des choses. L’OMS a révisé ses recommandations en 2022 pour que chaque professionnel de santé dépiste ce trouble systématiquement. En attendant que les systèmes s’organisent, la communauté peut agir en premier. C’est précisément ce que les cultures qui protègent leurs mères ont toujours su.

Source: Sources PAHO/OMS CDC

Saïka Jahelle PIERRE
Saïka Jahelle PIERREAutrice pour GN Mediapropulsé par Guy WEWE Network

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