30 août 2026 : Haïti peut-elle vraiment voter ?
À Port-au-Prince, la date est gravée dans le calendrier électoral. Le premier tour des élections législatives et présidentielles est fixé au 30 août de cette année, avec un second tour prévu le 6 décembre. Pour un pays qui n’a pas connu d’élections depuis neuf ans, ce rendez-vous est historique. Mais à quatre mois du scrutin, est-ce vraiment possible ?
Le président du CEP, Jacques Desrosiers, l’a dit sans filtre : « Le rétablissement de la sécurité est un préalable pour la réalisation du premier tour le 30 août 2026. » Cette phrase, prononcée à l’AFP lors de l’annonce du calendrier officiel, résume un paradoxe : les autorités organisent des élections dont elles savent elles-mêmes qu’elles dépendent d’une condition, la sécurité, qui n’est pas remplie.
L’inscription des électeurs est prévue du 1er avril au 29 juin 2026, et les candidats doivent s’inscrire entre le 13 avril et le 15 mai. Ces étapes sont en cours. Une phase qui dépendra toutefois de la capacité du Bureau national d’identification à opérer dans les zones à risque.
Le défi est de taille. Selon les dernières estimations, 95 % de Port-au-Prince est désormais sous le contrôle des gangs, rendant l’organisation d’un vote dans la capitale proprement impensable dans les conditions actuelles. Les groupes criminels, alliés au sein de la coalition Viv Ansanm, ont consolidé leur emprise sur la majeure partie de la capitale et de sa zone métropolitaine, et se sont étendus à trois des dix départements du pays. Même l’Artibonite, grenier du pays, est partiellement tombée. La police a lancé un appel d’urgence, affirmant que 50 % de la région était passée sous contrôle des gangs.
Organiser des élections dans ces conditions signifie assurer la sécurité des bureaux de vote, protéger les agents électoraux, garantir la liberté de circulation des électeurs et permettre à des candidats de faire campagne sans risquer leur vie.
La sécurité n’est pas le seul obstacle. L’organisation d’élections nationales exige des dizaines de millions de dollars, dont Haïti ne dispose pas. Le CEP compte sur ses partenaires internationaux (Nations Unies, Union européenne, OEA, CARICOM) pour combler ce manque. Un financement externe qui crée une dépendance structurelle, et qui peut être retardé, conditionné, ou insuffisant.
Le dilemme est réel. Reporter les élections prolongerait une transition déjà contestée et alimenterait le sentiment d’abandon chez la population. Mais voter dans des zones sous contrôle de gangs, c’est risquer d’élire des représentants sous la contrainte et produire un parlement sans légitimité réelle.
Si les élections échouent ou sont discréditées, Haïti pourrait faire face à un nouveau vide politique. Et même si un président est élu en 2026, une gouvernance efficace restera illusoire tant que les gangs ne seront pas affaiblis et que les conditions sécuritaires ne s’amélioreront pas. Le 30 août approche. Les partis sont enregistrés, le calendrier est publié, la communauté internationale applaudit. Mais dans les rues de Port-au-Prince, à Pont-Sondé, dans les communes de l’Artibonite, les armes circulent à la place des bulletins de vote.
Source: CEP Haïti
Credit: ONU Info



