Depuis sa création en 1803, le drapeau haïtien a connu plusieurs transformations, chacune reflétant un moment décisif de l’histoire politique du pays. À l’approche du 18 mai, Fête du Drapeau et de l’Université haïtienne, retour sur l’évolution qui symbolise toute la trajectoire d’une nation.
Tout commence le 18 mai 1803. Lors du Congrès de l’Arcahaie, Jean-Jacques Dessalines, chef de l’armée indigène, arrache la partie blanche du drapeau tricolore français, symbole de l’oppression coloniale. Catherine Flon coud alors ensemble les bandes bleue et rouge restantes. La devise inscrite sur ce premier étendard ne laisse aucune ambiguïté : « Liberté ou la mort. »
Après l’indépendance proclamée le 1er janvier 1804, le drapeau connaît ses premières transformations. Dessalines lui-même remplace le bleu par le noir dès 1805, faisant de celui-ci le premier drapeau officiel de l’État haïtien. À sa mort en 1806, Alexandre Pétion redessine l’emblème national : il reprend le bleu et le rouge, y ajoute les armes de la République ornées du bonnet de la liberté et la devise « L’Union fait la Force ». Ce drapeau flottera au-dessus du Palais national pendant près de 158 ans.
Le tournant le plus controversé intervient en 1964. François Duvalier, dit Papa Doc, impose une rupture radicale par le biais d’une nouvelle Constitution adoptée le 25 mai 1964 : le bleu et le rouge cèdent la place au noir et au rouge, présenté comme un hommage à l’empereur Dessalines. Ce drapeau restera celui d’Haïti pendant toute la durée de la dictature duvaliériste, père et fils confondus.
Le 7 février 1986, Jean-Claude Duvalier fuit le pays sous la pression populaire. Dix jours plus tard, le 17 février, la nation réadopte le bleu et le rouge. Ce retour aux origines est ratifié l’année suivante par la Constitution de 1987, celle qui reste en vigueur à ce jour.
Deux siècles après sa création, le drapeau haïtien continue de porter, dans ses couleurs, la mémoire des luttes et des ruptures qui ont forgé cette République.
Source: Kafou panne / Le nouvelliste



